Middle East Institute   معهد الشرق الأوسط

Lebanon Between the Devil of International Sanctions and the Deep Blue Sea of Civil War

Le Liban entre le marteau des sanctions internationales et l’enclume de la guerre civile

20/07/2011

Par P. et Camille GERMANOS*

Estampillé par l’Occident de l’effigie du Hezbollah, l’État libanais peine à éviter les sanctions internationales qui menacent son territoire, son économie et ses marchés. Le territoire est en effet mis en péril par une offensive internationale dont la menace pèse depuis la mise en place, à la date du 30 mai 2007, du Tribunal spécial pour le Liban (TSL) et plus particulièrement l’applicabilité du chapitre VII de la Charte des Nations unies. Les sanctions économiques, quant à elles, inquiètent les Libanais depuis la condamnation de la Banque libano-canadienne aux États-Unis et la potentielle atteinte portée au secteur bancaire au mois de mars 2011.

Cela fait cinq mois, depuis la démission du gouvernement Hariri en février dernier, que le Liban subit une guerre de perception. La presse occidentale affaiblit sa légitimité en le décrivant comme pris en otage par un coup d’État politique du Hezbollah. Plus est, le gouvernement Mikati est décrit comme le cabinet du Hezbollah, alors que le parti de Dieu n’y détient qu’une minorité de portefeuilles en contrepartie des prestigieuses nominations obtenues par les coalitions sunnite et chrétienne. Il devient indéniable que la reconnaissance du Hezbollah et le maintien de la trilogie de l’État, l’armée et la résistance par la déclaration ministérielle ne sont vus autrement qu’un endossement national des luttes du parti de Dieu ; ce qui change la donne au pays du Cèdre.

Ainsi, pour la première fois depuis l’embargo ottoman en 1914, les sanctions internationales pointent à l’horizon. Les chrétiens, considérés jadis comme une icône occidentale, « la nation maronite » déjà dénommée par Louis XIV, à la foi protégés et boucliers de l’Europe, sont devenus au regard des observateurs internationaux une minorité négligeable, issue du bassin culturel et alliés des islamistes chiites. Leur présence au Liban et leur participation au pouvoir ne changent plus en rien l’image antioccidentale du pays, désormais dans la ligne de mire des États-Unis.

Alors qu’en Égypte la chute de Moubarak et la montée des Frères musulmans au Caire avaient encouragé chez certains stratèges un changement de la politique américaine en faveur du Hezbollah, la question de Bahreïn et l’intervention armée du Conseil de coopération du Golfe (GCC) à Manama ainsi que les soulèvements populaires en Syrie ont ramené l’administration américaine vers sa traditionnelle hostilité contre ce rival d’Israël.

Ce rejet de l’option d’ouverture au Hezbollah a conforté la communauté internationale avec l’annonce au 30 juin 2011 des actes d’accusation du Tribunal spécial pour le Liban (STL) et a ainsi replacé l’État libanais devant deux choix périlleux. Le premier consiste à défier les décisions internationales et donc à encourir le risque de s’attirer des sanctions économiques et politiques. Les conséquences de ces sanctions pèseront lourdement sur la société libanaise dont les membres sont beaucoup plus soucieux de la cherté de vie que de la prochaine attaque israélienne. Une dégradation économique aura forcément des conséquences défavorables pour les acteurs politiques libanais. Le second choix consiste à défier l’arsenal militaire du Hezbollah, dont des membres importants seraient cités par le TSL. Les autorités libanaises disposent depuis le 30 juin 2011 d’un délai de trente jours pour rendre compte au TSL des mesures prises en vue de l’arrestation des accusés. Or il semble difficile d’appliquer la résolution 1757 puisque, d’une part, le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Nasrallah, a rejeté l’arrestation des accusés en invoquant l’instrumentalisation politique du TSL contre son organisation, et, d’autre part, des rumeurs courent selon lesquelles les accusés ne sont pas ou ne sont plus présents sur le territoire libanais.

Cet échafaudage juridique et ses conséquences économiques nourrissent une tension manifeste entre les principaux clans partisans du 8 Mars et du 14 Mars. Une répétition aggravée des incidents du 7 Mai conduirait les Libanais vers une énième guerre civile. Un conflit armé qui commencerait entre les clans du 8 Mars et celui du 14 Mars, et qui finirait par démarquer, le long de la corniche de Mazraa, les États-Unis de l’Iran, voire même le sunnisme du chiisme.

Face à cette pression antagoniste, le Liban voit se former un courant prônant le choix de la neutralité. Celui-ci est constitué par le président de la République Michel Sleiman, le Premier ministre Nagib Mikati, le président de l’Assemblée nationale Nabih Berry et le leader druze Walid Joumblatt. Ensemble, ces hommes politiques issus des quatre principales communautés libanaises œuvrent pour constituer un courant pare-choc entre les deux axes qui se partagent la région.

L’Occident semble tolérer, pour le moment, cette initiative afin que le Liban ne soit pas aspiré par la crise syrienne. La stratégie primordiale semble être de déstabiliser, voire renverser le régime syrien tout en évitant les luttes sectaires. Le but est de rompre la continuité territoriale de l’axe de la résistance, dit en arabe « mumana’a », tout en évitant le chaos et les incontrôlables guerres sectaires et idéologiques.

Autant le conflit sectaire est à éviter, autant l’Occident est déterminé à rompre l’axe de la résistance. Cette objectif est d’autant plus importante que, pour la première fois depuis la défaite de la flotte musulmane en mer de Oman face à la forteresse portugaise d’Ormuz en 1554, l’ancienne route de la soie, légèrement modifiée, qui s’étend de Shanghai à la Méditerranée, fonctionne via Moscou. Les missiles antichars utilisés par le Hezbollah durant la guerre de 2006, qui ont contribué à son invincibilité, sont la manifestation tangible de l’alliance transasiatique.

Non seulement l’axe de la résistance antioccidentale bénéficie d’une continuité territoriale, mais il est de plus stratégiquement consolidé par des bases militaires en Méditerranée et par des courants de résistance armée au Levant. D’où la nécessité de changer profondément les orientations politiques de la Syrie.

L’OTAN est alarmée par la présence de navires de guerre iraniens en mer Méditerranée, notamment depuis la chute de Moubarak et la neutralisation du canal de Suez. L’Iran, qui tient déjà un discours politique offensif, mène comme son rival israélien des manœuvres militaires et exhibe sa capacité de nuire. Son drapeau flotte depuis quelques mois sur les rivages syriens alors qu’une base militaire russe est déjà établie dans la ville de Tartous en contrepartie du rachat de la dette syrienne. Alarmée, l’OTAN réintègre son alliée traditionnelle, la Turquie.Le scénario américain ayant poussé l’alliance anglo-francaise à bombarder la Libye semble se répéter avec Obama. Le président américain, si besoin est, semble prêt à lâcher la bride aux ambitions hégémoniques des descendants des Ottomans au Levant. Ainsi, la politique du « soft power » turc pourrait se transformer en expansion armée, et ce jusqu’à la plaine de la Békaa.

Le pays du Cèdre risque de voir la conjoncture dégénérer en guerre civile sous le poids des sanctions internationales et pourrait – calamité supplémentaire – subir une intervention militaire étrangère. Le chaos que cette turbulence sécuritaire provoquerait n’est en faveur d’aucun modèle de politique étrangère. Voilà pourquoi il serait important de soutenir les acteurs politiques libanais qui œuvrent en faveur d’une neutralité positive et forte du Liban. Ils pourraient inventer une nouvelle position politique semblable au fameux consensus national de 1943 « Ni Occident ni Orient » inventé par cheikh Bechara el-Khoury et Riad el-Solh.

 

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